Il Nest De Richesse Que Dhommes Dissertation Examples

Notes

[1]

Professeur, Université Lyon 2, Triangle, ISH, 14 avenue Berthelot, 69363 Lyon cedex 07, Tel : 04.72.72.64.70, Fax : 04.72.72.65.55, Mail : pierre. dockes@ univ-lyon2. fr

[2]

En ce qui concerne l’analyse du pouvoir, l’ouvrage essentiel est Leviathan, or the Matter, Forme, and Power of a Common -Wealth Ecclesiasticall and Civill, première édition en anglais 1651 (première éd. latine, 1668), cité ici à partir de l’édition par C. B. Macpherson, Pelican Books, 1968, repris in : Penguin classics, 1985 (ci-dessous Lev. ang.) et de la traduction française par F. Tricaud, Paris : Sirey, 1971, (ci-dessous Lév.). Citons également The Elements of Law natural and political (rédaction 1630-40, première éd. 1650 ; édition par F. Tönnies : Cambridge, 1928, nous utilisons l’édition de J. C. A. Gaskin, Oxford University Press, 1994 (ci-dessous cité Elements) ; traduction française du second traité des Elements, De Corpore Politico (en anglais malgré le titre), par Samuel Sorbière, Le Corps politique, 1652, fac-similé publié par l’université de Saint-Étienne, 1973 ; nous utilisons la traduction française de l’ensemble des Elements of Law par D. Weber, Le Livre de poche, L. G. F., 2003 (ci-dessous cité Éléments). Enfin le De Cive, troisième partie des Elementa philosophiae, première éd. Paris, 1642 (2e éd. Amsterdam 1647 ; trad. anglaise en 1651 sous le titre : Philosophical Rudiments concerning Government and Society ; trad. française par S. Sorbière, Le Citoyen, 1649 à Amsterdam, chez Blaueu, reprise Paris : Flammarion, 1982, ci-dessous De Cive fr.). Pour le texte latin, nous utilisons la nouvelle édition par H. Warrender, Oxford University Press, 1983 (ci-dessous De Cive) et la nouvelle traduction anglaise, ed. R. Tuck et M. Silverthorne, On the Citizen, Cambridge University Press (ci-dessous De Cive ang).

[3]

Son individualisme méthodologique lui fait construire toute sa démonstration sur la base de l’analyse psychologique de l’homme (cf. dans le Léviathan, en particulier, la première partie intitulée "De l’homme". Mécaniste radical (dès l’introduction du Léviathan, il fait de l’homme un automate, fonctionnant comme une montre, par des ressorts et des roues).

[4]

Rétrospectivement, ces critiques peuvent sembler venir de "deux bords opposés", mais elles se cumulent en son temps chez ceux qui rejettent son "irréligion" et son absolutisme (les sectes protestantes anglaises, antianglicanes et antimonarchiques, mais aussi les catholiques partisans du double pouvoir du roi et du pape, enfin les successeurs des monarchomaques, protestants ou catholiques selon celui qui est au pouvoir, partisans de la résistance au pouvoir absolu ou du tyrannicide).

[5]

Adam Smith par exemple condamne cette "doctrine odieuse", rejetée par "tous le bons moralistes", selon laquelle les lois du magistrat doivent être envisagées comme les ultimes et uniques normes de ce qui est juste et injuste, de ce qui est bien ou mal (Smith, 1759, pp. 424-425).

[6]

Dans le titre du chapitre X du Léviathan, Hobbes écrit Power et en latin Potentia (De Potentia, Dignitate et Honore). c’est à dire le pouvoir au sens physique (une force). La potentia d’un homme, c’est ce qu’il peut faire alors que sa potestas, c’est ce qu’il a le droit de faire, son pouvoir légal (dans le De Cive, il utilise Potestas pour le pouvoir de fait, non la puissance paternelle de droit [De Cive, IX, 2, 8]). Mais pour Hobbes, les deux ne vont pas l’un sans l’autre : un homme n’a de potestas que dans la mesure où il a une potentia et si l’État détient la Potestas, c’est parce qu’il détient la plus grande potentia qui soit possible sur cette terre (Strauss, 1954, p. 175). L’anglais power comme le français pouvoir ont les deux acceptions. Cependant puissance est un sérieux concurrent (le "power" hobbésien est à la fois de l’ordre de la force en action et de la puissance comme potentiel, ensemble de moyens stockés en vue de l’action [Aron 1972, pp. 174-181]). Par exemple G. Mairet (Hobbes 1651, ed. 2000) traduit par puissance. Malheureusement, prenant pouvoir au sens d’avoir le droit de faire quelque chose (potestas donc) et donc d’être autorisé par un mandat (comme dans "donner pouvoir"), il traduit Authority par pouvoir (Hobbes 1651, ed. 2000, p. 272, n. 1), ce qui crée une ambiguïté considérable. Ajoutons que dans les Elements, Hobbes joue sur les mots right et might ("that irresistible might in the state of nature is right" (Elements, XIV, p. 81), il dispose donc ce terme lorsqu’il veut signifier alors la puissance. Le pouvoir au sens de capacité effective d’agir est, pour Hobbes, une capacité d’agir non sur des choses, mais sur des hommes, de "gouverner les actions des hommes" (Foucault, 1994) (de même pour Robert Dahl, le pouvoir [power] est la capacité pour A d’obtenir de B une action qu’il n’aurait pas effectuée autrement [Dahl, 1969]).

[7]

Cf. Pierre Dockès, "La raison et les passions : Hobbes et l’échec de la coordination décentralisée", Économie et Sociétés, série "Histoire de la pensée économique" (Œconomia), PE n° 36 6/2005, pp. 1033-1089.

[8]

"the grand coalition of everybody" (Binmore, 1994, p. 78). Hobbes précise qu’elle est formée par "un grand nombre d’hommes" [Lév., p. 179]).

[9]

Comme dans le cas du droit d’aubaine de Proudhon, de la coopération capitaliste de Marx, de la théorie de l’équipe d’Alchian-Demsetz…

[10]

En leur achetant spécifiquement leur subordination (Simon, 1982).

[11]

Dans un monde incertain où les hommes interagissent stratégiquement, il s’avère impossible d’atteindre un bien objectif qui supposerait que l’on puisse pousser à l’infini la chaîne des conséquences de telle action (elle sera le plus souvent très courte, chacun devant essayer, en utilisant son expérience, sa raison - sa capacité cognitive - d’allonger la chaîne, de rendre le "bien apparent" moins apparent ou plus "vrai", le vrai étant hors d’atteinte).

[12]

Ce n’est pas simplement un problème de puissance cognitive (il n’est pas besoin d’une grande intelligence, pour L. Strauss même un imbécile y arriverait (Strauss 1954, p. 168), en revanche il ne faut pas être emporté par ses passions.

[13]

"For the Thoughts, are to the Desires, as Scouts and Spies, to range abroad and find the way to the things desired" (Lev., ang., p. 139). Un homme qui ne désire pas beaucoup ces choses laisse s’engourdir son imagination et son jugement.

[14]

"The Power of a Man (to take it Universely), is his present means to obtain some future apparent Good" (Lev. ang, p. 150, Lév., p. 81). "Apparent Good" ou "bien apparent", ce qui leur apparaît comme étant dans leur intérêt (Lév., p. 57).

[15]

A la différence de John Locke dans le chapitre 5 du Traité du gouvernement civil.

[16]

S’il en a le pouvoir (de même pour Spinoza, sans force, les droits n’existent pas).

[18]

"because the power of one man resisteth and hindereth the effects of power of another, power simply is no more, but the excess of the power of one above that of another" (Elements, I, chap. VIII, 4, p. 48, Éléments, p. 126).

[19]

"je mets au premier rang, au titre d’inclination générale de toute l’humanité, un désir perpétuel et sans trêve d’acquérir pouvoir après pouvoir, désir qui ne cesse qu’à la mort" (Lév., chap. 11, p. 96). On peut faire la relation avec Adam Smith qui, dans La Richesse des Nations, estime que la désir d’améliorer sa condition et l’accumulation des richesses est "un désir qui est en général, à la vérité, calme et sans passion, mais qui naît avec nous et ne nous quitte qu’au tombeau" (et qu’il oppose à la passion, très difficile souvent à réprimer, mais en général passagère et accidentelle, pour la dépense et les jouissances immédiates) (Smith 1776, L. 2, Ch. 3, p. 429 de l’édition 1991) : d’un côté l’accumulation des richesses, de l’autre du pouvoir (donc aussi des richesses).

[20]

"L’objet du désir de l’homme n’est pas de jouir une seule fois et pendant un seul instant, mais de rendre à jamais sûre la route de son désir futur. Aussi les actions volontaires et les inclinations de tous les hommes ne tendent-elles pas seulement à leur procurer, mais aussi à leur assurer une vie satisfaite" (Lév., pp. 95-96).

[21]

La distinction est pratiquement identique dans le De Cive (V, 3-4, ang., p. 70 ; fr., p. 141), le terme latin consentio est traduit accord en anglais (donc aussi accord en français et non consentement comme le fait Sorbière).

[22]

C’est seulement dans la traduction en latin que Hobbes exprime la hiérarchie en terme de puissance entre ces deux formes de coalition : si "le plus grand des pouvoirs humains" est l’union, l’association vient immédiatement après (Lév., p. 82, n. 10, Tricaud).

[23]

Le consentement prend chez Hobbes un sens particulier : une convention fondée sur la crainte du recours à la violence est valide (convention à payer une rançon par exemple).

[24]

"without liberality, not so ; because in this case they defend not; but expose men to envy, as a prey" (Lév. ang., p. 150 ; Lév., p. 82).

[25]

Ce n’est pas exactement la phrase de Hobbes ("Riches joyned with liberality, is Power" : je n’ai pas trouvé chez Hobbes la phrase citée par Smith, ni Campbell et Skinner, Wealth of Nations, id., p. 48, n. 9). Hobbes écrit aussi : "les richesses, le savoir et l’honneur ne sont que diverses sortes de puissance" [power]. Notons l’ambiguïté du mot "command" dans la formulation smithienne (ce pouvoir d’achat est "a certain command over all the labour"). Alors que G. Garnier (éd. Garnier/ Flammarion, t. 1, p. 100) traduit : "un pouvoir de commandement sur tout le travail d’autrui", l’édition Servet-Jaudel, p. 38 donne : "le fait d’avoir dans une certain mesure à sa disposition tout le travail ou tout le produit du travail" ("command" ayant le sens que le terme a en français lorsque l’on "passe commande").

[26]

Même si A. Smith continue à privilégier l’aspect valeur du travail comme étalon de mesure des valeurs et reste davantage dans le monde de l’échange que de la production.

[27]

Pour Hobbes, le travail comme tout autre bien s’échange en vue d’un avantage (Lév., p. 262), d’où la richesse de Républiques qui n’ont pas d’autres territoires que celui nécessaire pour l’habitation.

[28]

Le terme Power en anglais a les deux sens de "pouvoir" et de "force" mécanique. En allemand, on a kraft (force), Gewalt (force qui contraint) et Macht (puissance). Marx reprend la même phrase dans Salaire, prix et plus value (Marx 1865, p. 509) et écrit : "l’un des plus anciens économistes de l’Angleterre, l’un des philosophes les plus originaux, avait déjà d’instinct mis le doigt sur ce point, qui n’a pas retenu l’attention de ses successeurs. La valeur d’un homme, écrit-il dans son Léviathan, ce qu’il y a de précieux en lui, c’est comme en toute chose, son prix : c’est à dire ce qu’on donnerait pour l’usage de sa force" ("power", ce qui est cohérent avec le terme "labor power", la première formulation de ce texte est en anglais, ou kraft en allemand).

[29]

Une position contraire (Lazzeri 1998, p. 67), cependant nuancée (id., p. 76, n. 4).

[30]

Hirschman (1980, p. 16) note (après Keith Thomas 1965) que ni Hobbes, ni ses contemporains qui participent à la "démolition du héros" (Pascal, La Rochefoucault) ne font un plaidoyer en faveur des vertus bourgeoises. Il est évidemment possible de rabattre les vertus chevaleresques sur l’instinct de conservation tout en observant leur rôle prééminent dans la société du XVIIe siècle.

[31]

Expression de Paul Bénichou dans ses Morales du grand siècle, Gallimard (Idées), 1948, pp. 155-180, cité d’après (Hirschman 1980, p. 15)

« Il n’est de richesse que d’hommes »… Je me suis penché sur l’origine de cette courte phrase érigée en adage des DRH et des défenseurs d’un certain humanisme d’entreprise. Je crois que nous avons tout faux. Le philosophe Jean Bodin, auteur de cette pensée, était aussi le théoricien précurseur du mercantilisme. Le sens de son propos sur la République, dont est extraite cette formule, est contraire à l’usage que nous faisons aujourd’hui de cette phrase-proverbe. Explications.

 

Dans le domaine des ressources humaines et du management, cet aphorisme célèbre « il n’est de richesse que d’hommes » est souvent utilisé. Exploité devrais-je dire tant il est usé à l’envie comme un jingle martelant l’évidence : l’Homme est une vraie richesse, au cœur du projet de l’entreprise.

Exigence à relativiser puisque notre maxime exprime le plus souvent un souhait ou une aspiration. L’Homme devrait être au centre des préoccupations de la société en général, de l’entreprise en particulier. Il ne le serait donc pas encore suffisamment aujourd’hui.

Les hommes, leurs talents, leurs intelligences individuelles et collectives ne seraient pas considérés à leur juste place dans l’économie de marché globalisée dans laquelle nous nous trouvons aujourd’hui.

 
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Alors, quelle était la volonté originelle de l’auteur quand il a prononcé cette phrase ?

L’initiateur souvent oublié de ce précepte RH est Jean Bodin (1529-1596). Cette phrase, il ne l’a pas prononcée, mais écrite. Elle est tirée du livre V de son livre Six Livres de la République, chapitre II ayant pour titre – attention prenez votre respiration- : « Les moyens de remédier aux changements des Républiques, qui adviennent pour les richesses excessives des uns, et pauvreté extrême des autres ».

À lire posément également, la citation complète est la suivante :

« Or il ne faut jamais craindre qu’il y ait trop de sujets, trop de citoyens : vu qu’il n’y a richesse, ni force que d’hommes : et qui plus est la multitude des citoyens (plus ils sont) empêche toujours les séditions et factions : d’autant qu’il y en a plusieurs qui sont moyens entre les pauvres et les riches, les bons et les méchants, les sages et les fous : et il n’y a rien de plus dangereux que les sujets soient divisés en deux parties sans moyens : ce qui advient ès Républiques ordinairement où il y a peu de citoyens ».

 

Pour Jean Bodin, la richesse constitue donc la valeur suprême. C’est la fin ultime de la vie sociale. Pour ce penseur, il ne suffit pas d’injecter du travail et du capital pour atteindre le Graal de la croissance déjà recherchée à l’époque. Le bien-être des hommes est aussi un facteur clé. Moi je dis : SUPER !

Problème : on a fait des Hommes et de leur bien-être le moyen d’une fin – l’accumulation de richesses – et non une fin en soi.

Comme le souligne le Pape François en dénonçant « la dictature de l’économie sans visage » : « l’être humain est considéré aujourd’hui comme étant lui-même un bien de consommation qu’on peut utiliser, puis jeter » ; « l’argent doit servir, il ne doit pas gouverner ».

Cette maxime tronquée de Jean Bodin pose donc une question bien contemporaine. Et le sens voulu de son auteur est à l’opposé de son usage actuel.

Ce n’est pas le confort des salariés qui était visé, mais bien l’accroissement de la population française. Jean Bodin est en effet l’un des précurseurs du mercantilisme dont on ne peut pas dire que l’Homme soit au cœur des priorités. Selon ce mouvement, la population sur laquelle règne le monarque détermine la puissance de la monarchie. Autrement dit, le nombre des habitants fait la richesse de l’État. Aussi, il préconise logiquement une politique démographique forte en encourageant le mariage, les familles nombreuses et l’immigration.

« Il n’est de richesse que d’hommes » signifie donc « plus la population est grande plus grande est la richesse du gouvernant ». Appliqué à la fonction RH, ça donnerait « plus mon effectif est important, plus grand est mon pouvoir ». C’est le « toujours plus » qui est prôné et non le « mieux de tous ». Tout un programme de société !

Bref, nous utilisons l’adage « il n’est de richesse que d’hommes » pas forcément à mauvais escient, mais plutôt à contre-emploi.

 

Préférons alors la citation d’Antoine de Saint-Exupéry :

« La grandeur d’un métier est avant tout d’unir les hommes ; il n’est qu’un luxe véritable et c’est celui des relations humaines ».

Crédit photo : © Bettmann/Corbis

 

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